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mercredi, décembre 7, 2022

Chronique Hiver à Paris, le nouvel album de Dinos

4 novembre 2022. Quasiment un an et demi après la sortie de son double album Stamina, Memento, Dinos revient avec un nouvel album, Hiver à Paris, longuement teasé sur les réseaux sociaux. Après une grosse semaine d’écoute, retour sur le projet du rappeur de la Courneuve.

Ma relation avec les albums de Dinos

Avant tout, je me dois de préciser que je suis un grand fan de la musique de Dinos. Imany et Taciturne sont pour moi deux des meilleurs projets de ces dernières années, chacun à leur manière. Imany ramenait une fraicheur rare dans le rap français de 2017, les textes étaient extrêmement bien écrits, et l’hétérogénéité du projet n’était pour moi pas un problème car les prises de risques étaient suffisamment bien dosées pour ne pas entacher la qualité globale de l’album.

Taciturne était sans doute un album plus abouti, avec une direction artistique et un propos cohérent du début à la fin. J’ai tout de suite accroché à la couleur automnale de l’album, qui figure aujourd’hui parmi mes indéboulonnables classiques personnels.

Stamina, Memento m’a moins marqué et j’ai honnêtement été un peu déçu. Si l’album fonctionne très bien et est peut-être plus accessible que les précédents, j’avais l’impression de perdre ce qui faisait l’essence de la musique de Dinos, ses textes souvent très sombres, sa plume qui flirtait parfois avec la poésie et l’ambiance de déprime qui régnait sur Taciturne.

Mais, et ce n’est pas négligeable, ce troisième album a permis à Dinos d’atteindre des sommets commerciaux nouveaux pour lui, et moi qui passait mon temps à clamer qu’il n’avait pas la reconnaissance qu’il méritait, je ne peux pas me plaindre de cela.

J’étais donc très curieux de l’album qui allait suivre, le titre Hiver à Paris a fini de me hyper, encore plus quand j’ai vu quelques jours avant sa sortie qu’il s’agissait d’un double album, rive droite et rive gauche. Bref, rentrons dans le cœur de l’album.

« Ma première impression était celle d’un bon, voire très bon album, mais trop pensé, trop réfléchi pour fonctionner avec ses différents publics »

Globalement, l’album est très bien construit. La rive droite est pensée comme un blockbuster. Un casting XXL, des prods de haute volée comme on dit, et du kickage pur et dur sur une bonne partie des morceaux. La rive gauche est plus sombre, plus triste, plus introspective, un peu sur le modèle de Taciturne. Et ça fonctionne plutôt bien !

Aux premières écoutes, j’avoue être resté un peu sur ma faim. Je trouvais l’album trop calibré, avec une première partie pour les chiffres sur le modèle de Stamina et une deuxième partie pour les nostalgiques d’Imany et de Taciturne. Ma première impression était celle d’un bon, voire très bon album, mais trop pensé, trop réfléchi pour fonctionner avec ses différents publics. C’est sans doute le cas, et il a eu raison de prendre ces paramètres en compte. Pourtant, au fil des écoutes, la manière dont il a pensé l’album apparaît moins facile et évidente que ce que je pensais au premier abord.

Un Casting XXL pour accompagner Dinos

« Le featuring avec SCH, que j’attendais beaucoup, fait partie de mes déceptions. »

Parlons un peu des featurings. J’avoue avoir eu un peu peur quand j’ai vu Ninho et Hamza sur la tracklist (oui, j’ai regardé les crédits, quelle erreur). Non pas que je ne sois pas auditeur de ces artistes, mais j’avais du mal à les imaginer en collaboration avec Dinos, ou en tous cas avec le Dinos que je voulais entendre. Bien mal m’en a pris.

Hamza ramène des mélodies bienvenues, et Dinos tient largement la comparaison, la fusion des deux fonctionne très bien. Ma grosse (bonne) surprise concerne le feat avec Ninho. Alors que j’écoute beaucoup moins Ninho depuis quelques années, ça rappe très, très bien. Et ça fait extrêmement plaisir de l’entendre à ce niveau, presque caché sur le morceau (il arrive assez tard), avec une couleur différente de ce qu’il a l’habitude de proposer ces dernières années, et surtout, une dalle de performer presque palpable.

Le featuring avec SCH, que j’attendais beaucoup, fait partie de mes déceptions. Je l’ai trouvé un peu trop évident, les performances des deux artistes sont bonnes musicalement et techniquement, mais les sonorités choisies sont un peu trop faciles, un peu trop prévisibles puisqu’on a beaucoup entendu SCH rapper de cette manière au cours des derniers mois.

Le feat avec Akhenaton est très bon sans être inoubliable, mais ça fait du bien d’entendre ce genre de rap en 2022 et la seule présence du membre d’IAM suffit à élever le morceau, d’autant plus que son couplet est très solide. A la réécoute, je me surprends à apprécier l’ambiance de cette première partie. Certains morceaux solos sont excellents, notamment Modus Vivendi où Dinos sublime la magnifique prod évolutive composée par Amin Farsi, Focus Beatz, Twenty9 et Augustin Charnet, et Simyaci qui annonce dans son ambiance le passage à la deuxième partie (et constitue peut-être mon morceau préféré de cette première moitié d’album).

« L’ambiance hivernale et maussade promise par le titre de l’album »

La rive gauche est assez proche dans les sonorités de ce que Dinos pouvait proposer sur Taciturne, et constitue pour moi l’apothéose de l’album. Moins flamboyante que la première partie, moins axée sur la performance rapologique, on y retrouve l’ambiance hivernale et maussade promise par le titre de l’album.Plus homogène sans tomber dans la redondance, les performances sont globalement plus musicales et chantées que sur Taciturne, avec cependant des morceaux rappés (CTRL + V) qui permettent de varier la couleur.

L’hommage à Diam’s sur Par Amour est magistral, encore plus grâce au dernier couplet entièrement kické et Solitaire 1895 ravira les fans qui iront le voir en concert. Si bémol il y a, il se situe sur l’enchainement Future Nostalgia (en collaboration avec Lous and The Yakuza), ADN et Aquarius, où l’ambiance parisienne nocturne semble un peu s’essouffler et où l’impression de déjà entendu commence à poindre. L’ultime titre, déchirant au possible et fermé par Laylow, atténue néanmoins cette sensation et conclut l’album de très belle manière.

Alors, Hiver à Paris constitue-t-il l’album ultime que l’on attendait de la part de Dinos ?

Vous l’aurez compris, je ressors de l’écoute de cet album avec beaucoup de satisfaction. La rive droite, que j’ai eu du mal à aborder au tout début, se révèle de plus en plus qualitative au fil des écoutes. Mais la rive gauche constitue pour moi le sommet de la performance de l’artiste, l’ambiance qui y règne me plait énormément malgré un ou deux sons qui n’ajoutent pas grand-chose à la qualité de l’album.

Certains auditeurs (dont j’ai fait partie) attendaient de la part de Dinos un Taciturne 2, mais le rappeur ne semble plus, rien qu’au regard des thèmes abordés sur l’album, être la même personne et réfléchir de la même manière, ce qui joue évidemment sur sa direction artistique. De plus, je pense que la deuxième partie satisfera les nostalgiques de cette époque.Hiver à Paris constitue assurément un très bon cru en cette année 2022, malgré quelques défauts qui l’empêchent d’être excellent.

Il faut également noter que les subtilités se révèlent au fil de plusieurs écoutes, ce qui ne peut que lui permettre de bien vieillir. Enfin, il est important de préciser qu’en dehors de toutes considérations personnelles, Dinos parvient à remplir un objectif souvent difficile à atteindre, c’est à dire mettre d’accord à la fois ses fans de la première heure et ses auditeurs plus récents, sans que cela ne nuise vraiment à la qualité de l’album. Une réelle performance.

Auteur de la chronique : Léo Schilling

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