dimanche 20 septembre 26

Taxe CBD du PLF 2026 : pourquoi les rappeurs qui ont misé sur le cannabidiol tremblent

En quelques années, le CBD est devenu un business à part entière du rap game français. De Koba LaD à Booba, les artistes ont flairé le filon et lancé leurs propres marques. Sauf qu’un article discret du Projet de Loi de Finances 2026 menace aujourd’hui de faire s’effondrer tout cet écosystème. On vous explique pourquoi la nouvelle taxe vise pile le segment sur lequel les rappeurs ont tout misé.

Le PLF 2026 veut taxer le CBD fumable comme le tabac

C’est la mesure qui a fait bondir toute la filière chanvre. Le projet de loi de finances 2026 prévoit d’introduire une accise de 25,7 % sur les produits contenant du cannabidiol destinés à la combustion (fleurs, pré-rolls ou extraits à fumer), en plus d’une assiette fixe de 18 € par kilo. En clair : l’État veut aligner la fiscalité du CBD à fumer sur celle du tabac.

L’idée ne s’arrête pas aux fleurs. Les e-liquides CBD seraient taxés à 0,03 € par millilitre, et les fleurs et résines à fumer jusqu’à 25 % de leur valeur, en plus du montant fixe. Certains produits pourraient même grimper plus haut, avec une accise allant de 25,7 % à 51 % selon les cas.

Officiellement, Bercy parle d’« harmonisation fiscale ». Sur le terrain, la filière parle d’un coup de massue.

Fleurs et résines : la taxe frappe là où les rappeurs ont investi

Voilà le vrai problème pour le rap game. Quand les artistes se sont lancés dans le cannabidiol, ils n’ont pas choisi les tisanes ou les cosmétiques : ils ont misé sur les fleurs et les résines, le cœur battant (et le plus rentable) du marché. C’est exactement ce que le PLF 2026 cible en priorité.

Pire encore, le texte ne se contente pas de renchérir les prix. Derrière le discours d’harmonisation se profile la fin de la vente libre et du e-commerce pour les fleurs de CBD, au profit d’une distribution réservée aux buralistes. Or beaucoup de marques d’artistes vivent justement de la vente en ligne et des boutiques spécialisées. De nombreuses enseignes réalisent plus de 70 % de leur chiffre d’affaires grâce aux fleurs et résines : supprimer ce canal reviendrait à neutraliser leur activité.

De Koba LaD à Booba : le rap français a bâti un empire du CBD

Pour mesurer l’onde de choc, il faut rappeler à quel point le rap FR s’est enraciné dans le CBD.

Le pionnier, c’est Koba LaD. À la sortie de son album « Détail » en 2020, il organise une distribution gratuite de CBD pour ses fans, en marge de l’ouverture de sa boutique, avant de lancer sa gamme Koba Kush. Dans la foulée, S-Pion défraie la chronique : interpellé après une distribution de « fleurs » à ses fans, il explique en garde à vue que le produit était en réalité du CBD. SCH et d’autres poids lourds s’entourent eux aussi de spécialistes pour concevoir leurs propres lignes.

Mais le mastodonte du secteur, c’est Booba. En juin 2024, le Duc lance sa marque PRT.LAB, en s’associant au breeder français Julien L. et à l’entreprise T.H. Seeds pour sélectionner ses variétés, avec des fleurs et résines concentrées respectant le seuil de moins de 0,3 % de THC. Un positionnement 100 % premium, et 100 % exposé à la nouvelle accise.

Ces marques d’artistes évoluent sur le même terrain que les acteurs historiques de la résine haut de gamme, à l’image de Graine de lascars : autant d’enseignes dont le modèle repose sur des produits que le PLF 2026 veut désormais taxer et retirer du e-commerce.

Double peine : le Novel Food a déjà amputé le marché

La taxe n’arrive pas dans un ciel dégagé. Le marché venait déjà d’encaisser un premier coup. Depuis le 15 mai 2026, la France applique strictement le règlement européen Novel Food : les produits CBD destinés à l’ingestion (huiles, gummies, infusions, gélules) ne peuvent plus être commercialisés sans autorisation européenne.

Résultat : seules les fleurs, résines, cosmétiques et e-liquides restent pleinement légaux. Autrement dit, la filière avait déjà été poussée à se recentrer sur le fumable, qui est précisément ce que le PLF 2026 s’apprête à surtaxer. Pour les marques de rappeurs, c’est une nasse qui se referme des deux côtés.

Ce qui attend la filière (et les artistes)

Rien n’est encore gravé dans le marbre. Le projet de loi est en discussion à l’Assemblée nationale, et si les syndicats ne s’opposent pas à une régulation raisonnable, ils refusent une fiscalité punitive. La bataille est réelle : plusieurs amendements ont visé à créer cette accise, et des groupements d’avocats se mobilisent pour les contrer.

Les enjeux dépassent largement le rap game. Le marché du CBD français est estimé à plus de 500 millions d’euros, et on compte environ 1 550 producteurs de chanvre en France. Mais pour les rappeurs entrepreneurs, le message est clair : le business du CBD, longtemps perçu comme un placement malin, entre dans une zone de fortes turbulences.

Le rap game face à un pari à contretemps

Le rap français a transformé le CBD en véritable branche d’activité, avec Booba en fer de lance. En s’attaquant aux fleurs et résines à fumer, le segment le plus rentable et le plus « rap » du marché, le PLF 2026 vise directement le modèle économique de ces marques. Entre la taxe façon tabac, la possible fin de la vente en ligne et le verrou Novel Food, les prochains mois diront si l’aventure CBD du rap game était un coup de génie ou un pari à contretemps.

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