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vendredi, juillet 30, 2021

Le rap & sa culture.

 

Interview Tawsen « Nessun dorma » la pépite belge

Inclassable, voilà le mot le plus représentatif du travail de Tawsen. Le jeune belge de 23 ans nous a livré le premier juillet dernier “Nessun dorma”, sa première mixtape ponctuant sa carrière grandissante précédée de 3 Eps.

Retour sur une discussion rythmée par sa bonne humeur communicative, sa volonté constante de progression et son amour de la musique.

Salut Tawsen, ta mixtape Nessun dorma est sortie depuis une semaine, quel est ton ressenti ?

Soulagé, content, j’avais un peu peur de prendre un petit changement de direction artistique après qui je trouve est assez léger par rapport à la trilogie (les 3Ep parus avant). Les réactions ont été plus que satisfaisantes. Je me rappelle avant la sortie du premier single je me suis dit « Ha est ce que je suis vraiment sûr de vouloir revenir avec ça ? ».

J’aime beaucoup taper mon nom sur twitter pour voir la réaction du public et pour le moment j’ai toujours pas trouvé un truc négatif donc je suis content.

“ quand j’arrive, je sais ce que je veux directement, je fais des one shot et ça passe ”

Justement tu es quelqu’un d’assez actif sur les réseaux, le but derrière ça est-ce que c’est un peu connaître ce que ton public aimerait que tu produises, ou alors est ce que c’est une façon pour toi de prendre du recul sur ton travail en écoutant les avis?

Non c’est surtout pour être plus proche, je m’en fous de ce que les gens pensent, alors je regarde juste pour interagir avec eux, pour avoir une expérience en 3D, c’est plus du bonus.

Tu es un artiste connu pour ne te donner aucune limite dans tes choix artistiques mais aussi pour jongler entre le rap et le rai. Beaucoup de médias te surnomment d‘ailleurs comme le nouveau prince du rai.  D’où  t’es venu cet attrait pour ces deux styles musicaux ?

Honnêtement je ne sais pas parce que moi personnellement j’ai jamais écouté de rai. Je ne sais pas d’où vient ce titre que les médias m’ont donné, je pense que c’est quelque chose qu’on entend dans ma voix sans faire exprès tu vois, dans les vibes et les sonorités. Moi c’est juste j’me lève et je commence à faire de la musique, sans vraiment calculer en fait. J’ai toujours écouté un peu de tout, je pense que comme t’as dit ça s’entend dans mes choix artistiques.

4 projets en 3 ans, comment est-ce que tu expliques cette productivité ?

Aucune idée, en plus je pense pas être un genre d’artiste qui travaille énormément, qui bosse toute l’année en train de faire une centaine de morceaux, je suis plus dans l’efficacité c’est-à-dire quand j’arrive, je sais ce que je veux directement, je fais des one shot et ça passe.

Après on va pas se mentir on est dans une ère où les gens ont besoin d’écouter, le vendredi y’a 5 albums qui sortent de 20 morceaux donc si t’es pas à jour, si t’es pas toujours là, si tu ne montres pas ta petite tête tout le temps les gens peuvent très vite t’oublier. 

C’est vrai que cette année j’ai un peu abusé, janvier et là en juillet directement un autre projet, wahou, les fans sont gâtés… non j’rigole (rires) !

“ c’est une bête équation: si tu veux ça faut travailler ”

Nessun dorma est la traduction italienne, pays ou tu as vécu de “pas de sommeil”. Tu as justifié ce titre en raison de toutes les nuits blanches que tu as consacrées à ta musique. D’où te vient cette volonté de créer ?

Très bonne question. J’ai commencé tard, vers mes 18 ans et depuis j’ai l’impression de savoir faire que ça. 

La question elle se pose pas à un moment donné si t’as envie de réussir. Tu vois je suis pas là pour rigoler, c’est pas juste un hobby je m’amuse et je me casse, j’ai vraiment envie de devenir quelqu’un de gros, en tout cas dans la musique et de laisser ma marque ducoup c’est une bête équation: si tu veux ça faut travailler. 

Moi j’ai envie de l’a travailler intelligemment cette carrière et c’est pour ça que ça se traduit par 4 projets en 3 ans comme tu l’as dit.

Justement après ta trilogie d’Ep (Al Warda, Al Mawja et Al Najma) dont le thème phare était les relations amoureuses, tu as décidé de passer au format mixtape tout en délaissant ce thème (“y’a que l’argent dan ma tête », “mon coeur est cellophané”…). Changer de format, c’était l’occasion de passer un cap ?

Totalement, c’était déjà prévu que cette trilogie soit plus axée vers les sentiments, vers le love et que à un moment donné avec la mixtape on fasse un petit changement de direction qui nous mènera vers un album, les gens aimaient bien mais je voulais pas rester dans ce personnage de loveur qui chante des chansons d’amours.

Après je trouve qu’il y a aussi avec Tsew the kid ou Lala &ce encore des morceaux love, mais il fallait commencer à changer de cap doucement.

Tu as collaboré avec Romain Garcin pour la pochette du projet, quel message avez voulu faire passer ? Est ce que ce fantôme qui représente tes nuits blanches ce serait pas aussi tes démons, tes échecs qui t’on suivi durant ces 3Ep jusqu’à la mixtape ?

C’est exactement ça, en fait déjà je voulais un truc qui casse avec les 3 autres covers (des Ep) dans lesquelles j’avais toujours la même position, mon visage caché.

Pour le fantôme c’est totalement ça, c’est juste “je dors pas, y’a un mec bizarre qui me regarde la nuit” donc on était parti sur pleins de démons, à la fin je suis resté sur le fantôme parce que je trouvais ça plus poétique et plus cool. C’est le truc qu’on a depuis enfant, déguisé en fantôme on met un tissu sur la tête et on court dans le salon donc pour moi c’était un truc un peu plus enfantin.

Pochette du projet réalisée par Romain Garcin

Au niveau des instrumentales on notera des productions de Hypnotic beatz, Amine Farsi ou encore la Miellerie, comment s’est faite l’alchimie entre toi et les producteurs ?

Tu sais que les producteurs font 50% du travail donc l’alchimie doit que passer, je suis quelqu’un de très ouvert donc la première chose qui se passe c’est qu’on se pose et qu’on discute pendant une heure avant même de commencer le morceau. On est là pour créer quelque chose donc je pense que si tu t’entends pas avec le mec qui va composer ce sur quoi tu vas chanter, ça va être compliqué et les gens vont l’entendre. 

J’ai mon cercle de beatmaker mais l’idée c’est d’explorer de nouveaux territoires, ramener des gens qui peuvent me mener vers des chemins un peu différents.

Pour ce qui est de la tracklist, on a l’impression que tu es allé à contre sens des standards musicaux. La mixtape s’ouvre sur un morceau énergique avant de directement enchaîner sur une ambiance sad love. De plus là ou certains terminent leur projet sur un son introspectif,tu décides de créer un hit de l’été avec des artistes émergents de la scène bruxelloise. Pourquoi ses choix ?

Ça fait ringard de dire ça comme ça mais je suis contre les standards de la musique mon pote (rires), qu’est ce que je m’en fous, je vais pas commencer au tracklisting à vouloir m’adapter ce qui se fait entre guillemets.

On écoute des albums toutes les semaines, toutes les semaines y’a des morceaux introspectifs à la fin, à un moment donné ça me fait chier moi; viens je te met le son le son le plus énergique à la fin et je met l’introspectif au milieu.

Y’a pas de règle en réalité, je réfléchis pas en mode “oui je dois me démarquer, faisons un truc différent contre le système” non non non, juste j’essaie personnellement de pas m’ennuyer et automatiquement de pas ennuyer les gens, donc je pense que ça se ressent.

Est qu’il y a aussi le fait que le format mixtape te permet une plus grande liberté artistique, en comparaison aux albums ?

Ça c’est totalement vrai, même mine de rien, les Ep j’en ai sortis 3 avec 10 titres, là c’est une mixtape y’a quand même 10 titres aussi, c’est juste la nomination qui change. Avec l’ère du streaming ça veut plus rien dire mais on garde, en tout cas moi, une assez grande place pour le mot album. Tout ce qui va avec c’est à dire une création, une logique, une suite etc… beaucoup mieux travaillé.

Pour moi cette mixtape c’était une pause après la trilogie durant laquelle j’arrête de calculer, j’invite des gens que j’aime bien et on s’amuse.

La mixtape comporte pas moins de 13 feats, comment les connexions se sont faites ? Est-ce d‘abord toi qui est allé contacter les artistes pour ensuite produire un morceau ensemble ou au contraire tu avais déjà des maquettes et tu te disais «je verrais bien untel ou untel sur ce morceau» ?

En fait déjà tous les artistes invités c’est juste des dms sur insta, c’était “bonjour les gars est ce que vous me connaissez ? Oui/non, bah venez on fait de la musique”, aussi simple que ça. 60% des morceaux ont été fait en live et y’a juste par exemple Draganov et Matt Houston qui étaient juste des maquettes que j’avais déjà sur mon téléphone.

“Moi mon égotrip il serait plus à la Tyler, the Creator où le mec va dire un truc et il va répondre directement “non j’ai menti » à la punchline suivante”

C’est intéressant parce que d’habitude c’est l’artiste invité qui s’adapte à la couleur musicale qu’aura un morceau. Au contraire pour cette mixtape on a l’impression que c’est toi qui va au devant de ce que l’invité a à proposer. Pourquoi ?

Pourquoi j’inviterais des gens pour faire du Tawsen ? Je trouve que y’a aucun but à ça. Je m’en rappelle le mot d’ordre c’était “je te suis, tu gères le truc, tu me dis où on va et je suivrais”. Mais après ça ne m’empêche pas de ramener ma touche pendant la création, eux aussi étaient assez ouvert mais sinon c’était vraiment moi qui allait sur leur terrain.

Pour ce qui est du fond, on remarque que tu es quelqu’un d’assez détaché quand il s’agit d’égo trip

Ouais c’est pas mon dada.

Ce serait mentir que d’en faire ?

En fait j’aurais l’impression de mentir aux autres et à moi-même, je m’en rappelle au tout début quand j’ai commencé j’écrivais un peu d’égo trip comme tout le monde, et ça me gênait plus qu’autre chose.  

Moi mon égotrip il serait plus à la Tyler, the Creator où le mec va dire un truc et il va répondre directement “non j’ai menti » à la punchline suivante. Je me suis dit ducoup qu’il valait mieux ne pas en faire parce que je me sentais mal, en mode”non, c’est pas vrai, les gens savent que c’est pas vrai, mais moi aussi je sais que c’est pas vrai” (rires). Après voilà ça n’empêche pas que j’en écoute de ouf.

En plus c’est marrant parce que si ma vie change, bah peut être que demain quand je dirais “ouais j’ai des rolex” ce serait peut être la réalité.

Photo de Yard

De plus en plus d’artistes belges éclosent, permettant à la scène musicale du pays de se détacher de celle française. Tu penses que la musique belge est vouée à s’émanciper de celle française ?

Tu sais ça me fait rire parce que la dernière fois je suis parti dans les charts américain et j’ai vu le top 3, c’était Drake, The Weeknd et Justin Bieber. Devine leur point commun.

Ils sont ou ont déjà collaboré avec des rappeurs ?

Le vrai point commun c’est qu’ils sont canadiens et pourtant ils sont les 3 premiers dans les charts américains et je me suis dis que c’est ça qui va arriver, c’est exactement ça le parallèle Belgique/France: de base personne calcule le Canada et pourtant les 3 plus grosses stars viennent de là-bas.

La Belgique pareil, au début c’était pas calculé, c’était moqué et depuis 5 ans avec la première vague Damso, Hamza, Shay, Caballero et Jean Jass, Angèle et bien avant avec Stromae on a commencé à exister. Là on est dans une deuxième vague où c’est plus du tout “ho y’a des belges en haut” non maintenant on sait.

Qu’est ce qu’on peut te souhaiter pour la suite ?

Des vacances, au soleil à Bora-Bora (rires). En vrai la santé, le succès et la sacem, le triple S. Et ouais mon pote, quelle fin, quelle sortie.

Une conclusion de haut standing. Merci Tawsen.

La mixtape Nessun Dorma de Tawsen est disponible sur toutes les plateformes de streaming.

Max
Rédacteur - Passionné de rap

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