Le début d’année 2026 s’annonce mouvementé pour Drake. Le rappeur canadien fait face à un recours collectif aux États-Unis qui pourrait bien redéfinir les contours du marketing d’influence dans l’univers des jeux d’argent en ligne.
Un partenariat à 100 millions de dollars sous le feu des critiques
Depuis 2022, Drake est le visage de Stake, l’un des plus gros casinos crypto au monde. Un deal colossal estimé à 100 millions de dollars par an, qui fait de lui l’ambassadeur le mieux payé de l’industrie du gambling. Entre sessions de jeu en livestream, giveaways spectaculaires et publications Instagram cumulant des dizaines de millions de vues, le rappeur de Toronto a largement contribué à populariser la plateforme auprès de sa fanbase mondiale.
Mais ce qui semblait être un partenariat marketing classique, quoique démesuré, vient de prendre une tournure judiciaire inattendue.
Des accusations qui dépassent le simple sponsoring
Le 31 décembre 2025, une plainte a été déposée devant un tribunal de Virginie au nom de deux consommatrices, LaShawnna Ridley et Tiffany Hines. Les accusations sont lourdes : Drake, aux côtés du streamer Adin Ross et d’un intermédiaire australien nommé George Nguyen, aurait utilisé Stake pour blanchir des fonds destinés à gonfler artificiellement ses chiffres de streaming sur Spotify et autres plateformes.
Concrètement, la plainte allègue que le trio aurait exploité la fonction “tip” de Stake.us pour transférer de l’argent entre eux, une partie de ces fonds servant ensuite à financer des campagnes de bots pour manipuler les algorithmes de recommandation musicale. Résultat supposé : une popularité fabriquée qui aurait nui aux artistes “authentiques” en faussant le jeu des playlists.
Pour suivre les développements de cette affaire, retrouvez notre article sur les poursuites engagées contre les deux personnalités.
Le “house money”, ce secret de polichinelle

Au-delà de l’affaire du streaming, c’est tout le modèle du marketing casino-influenceur qui est remis en question. La plainte met en lumière une pratique bien connue des initiés : le “house money”. En clair, Drake et Adin Ross auraient joué avec de l’argent fourni par Stake, transformant leurs pertes en simple dépense marketing tout en donnant l’illusion de paris réels à leurs millions de followers.
Cette zone grise n’est pas propre à Stake. Dans l’écosystème du streaming casino, nombreux sont les influenceurs qui bénéficient de ce type d’arrangements. Quand un viewer lambda voit son streamer préféré miser 50 000 € sur une session blackjack, il ignore souvent que ce dernier ne risque pas un centime de sa poche.
L’influence gambling : un phénomène qui dépasse Drake
L’affaire Drake n’est que la partie émergée de l’iceberg. Ces dernières années, les partenariats entre rappeurs et plateformes de jeux d’argent se sont multipliés. Jay-Z s’est par exemple impliqué dans un projet de casino Caesars Palace à New York, tandis que de nombreux artistes de la scène française font régulièrement la promotion de pronostiqueurs sur leurs réseaux.
Du côté des streamers, le phénomène explose. Sur Twitch puis Kick, des personnalités comme Trainwreckstv, Roshtein ou les Français TeufeurS et Bidule ont bâti des audiences considérables en diffusant leurs sessions de slots et de jeux de table. Certains, comme TeufeurS, racontent même avoir fait fortune en misant toutes leurs économies sur un coup de poker. Une histoire qui fait rêver, mais qui occulte souvent les réalités moins glamour de l’addiction.
En France, ce type de contenu attire aussi des profils plus discrets. Entre deux vidéos gaming, tel influenceur il joue sur 1win devant ses viewers, contribuant à normaliser le gambling auprès d’un public parfois très jeune.
Quelles conséquences pour l’industrie ?
Les plaignants réclament au moins 5 millions de dollars de dommages et intérêts, mais l’enjeu dépasse largement cette somme. Si les accusations sont prouvées, l’affaire pourrait créer un précédent majeur dans la régulation du marketing d’influence appliqué aux jeux d’argent.
Stake a déjà connu des déboires : sa plateforme britannique a été fermée en mars 2025 suite à une enquête de la UK Gambling Commission. Aux États-Unis, plusieurs États ont lancé des actions contre l’opérateur, mais c’est la première fois qu’une star de l’envergure de Drake est directement nommée dans une procédure.
Pour l’instant, ni Drake ni Stake n’ont commenté publiquement les nouvelles accusations. Adin Ross, lui, a rompu ses liens avec la plateforme en 2025 après un différend avec ses fondateurs, ce qui n’empêche pas la plainte de le viser également.
Le revers de la médaille dorée
Cette affaire illustre parfaitement les tensions qui traversent l’économie de l’influence en 2026. D’un côté, des deals faramineux qui permettent aux célébrités de diversifier leurs revenus. De l’autre, des questions éthiques de plus en plus pressantes sur la responsabilité des influenceurs envers leur audience.
Drake, avec ses 290 millions de followers sur Instagram, touche un public dont une partie significative est mineure ou vulnérable aux mécanismes addictifs du gambling. Le “Drizzmas Giveaway” de fin 2025, qui promettait des gains crypto aux participants, n’a fait qu’amplifier ces préoccupations.
Reste à voir si la justice américaine donnera raison aux plaignants. Une chose est sûre : l’époque où les partenariats casino-célébrités passaient sous les radars semble révolue. Et pour Drake, habitué à dominer les charts, c’est une partition bien différente qui s’annonce.
