vendredi, août 7, 2020

Hip-POP culture

 

Maison de disques ou indépendance : le coût de production d’un album

Vous possédez un véritable talent pour le rap et aimeriez faire carrière dans l’industrie musicale ? Seulement vous ne savez pas comment vous y prendre ? Vous ne connaissez pas les choix qui s’offrent à vous pour vous faire connaître du grand public sans dépenser une somme exorbitante dans votre lancement ? Signer en maison de disque ou s’autoproduire ? Cet article est fait pour vous.

Production d’un album : les dépenses et les revenues du label

Les dépenses pour la production d’un album de rap

Un contrat établi entre l’artiste et le label donne lieu au versement d’une avance sur les bénéfices liés à la musique, ce qui permettrait à l’artiste de vivre pendant la production de son projet. Rec. 118 aurait offert autour de 50 000 euros d’avance à Gambi mais cela reste des bruits de couloir.

A l’époque où il a signé en maison de disques, chez Sony, La Fouine avait à peine 20 ans.

« J’ai touché 50 000 euros d’avance. Je suis parti à la banque, j’ai posé le chèque, fait un crédit et acheté un appartement » se remémore-t-il.

Cependant, les maisons de disque évitent d’ébruiter le montant des avances. Très peu d’artistes comme La Fouine communiquent la somme perçue à la signature de leur contrat.

Les revenus perçus par les artistes pour la réalisation de leur album

Le contrat stipule un taux de redevance, soit le pourcentage que l’artiste touche sur les bénéfices générés par sa musique. Tout dépend du contrat.

Pour le contrat d’artiste, la maison de disque prend tout en charge : le développement artistique, le marketing, tous les frais studios, etc. Dans ce cas de figure, l’artiste peut espérer entre 7 et 25 pourcents de royalties, c’est-à-dire les commissions monétaires. En titre d’exemple, Kaaris ou encore Chily bénéficient de ce type de contrat.

Certains veulent plus d’indépendance et de plus gros pourcentages. Il existe pour cela des contrats de licence et les co-productions. C’est le cas pour Maes ou Vald. Un label indépendant s’occupe du développement artistique et la maison de disque du marketing. L’engagement de cette dernière est moindre mais les pourcentages des artistes augmentent entre 25 et 40 pourcents.

Les contrats de distribution émis par la maison de disque ne se chargent que de la conception physique de l’album ainsi que de la distribution de la musique en magasin et sur les plateformes de téléchargement. Le label indépendant s’occupe de tout le reste : développement artistique, marketing … Il récolte alors un pourcentage se situant entre 40 et 70 pourcents. Vous pouvez retrouver dans ce type de contrat Jul ou PNL.

Un revenu qui bénéficie à tous : les droits d’auteur

Les droits d’auteur sont perçus lors des passages des morceaux en radio, télé, boîtes, dans des publicités et autres. C’est la SACEM, la Société des Auteurs, Compositeurs et Éditeurs de la Musique, qui les collecte afin de les redistribuer entre tous les concepteurs d’une musique : parolier, beatmaker, arrangeur, etc.

Promotion de l’album : dépenses et revenus

Dans la suite logique des choses, l’album terminé débouche sur la promotion de celui-ci. Il existe une multitude de façon de l’envisager. Entre les concerts en salle, les festivals, les showcase, le live peut être une source de revenus conséquente pour les rappeurs. « C’est ce qui me fait vivre » balance Swift Guad.

·        Les showcase

Un business rentable. Des sources du milieu donnent des estimations de tarifs. Les premiers démarrent autour de 500 et 2.000€. Plus la carrière est développée, plus le chiffre grimpe. Comptez minimum 10.000€ pour que 13 Block débarquent à votre soirée. Entre 15 et 23.000€ pour un rappeur comme SCH. Et pour les tops du streaming, comme Heuss l’Enfoiré ou Ninho, ce serait entre 25 et 30.000€. Cette somme atterrit directement dans la poche de l’artiste au contraire d’un concert puisqu’il demande une équipe technique, une scénographie et autres intermédiaires à rémunérer.

·        Les tournées

Certains artistes comme Swift Guad choisissent le statut d’intermittent du spectacle. Le principe : sur chaque cachet, Pôle Emploi prend une part. Mais si l’artiste obtient 43 cachets dans l’année, il est indemnisé même lorsqu’il n’est pas en tournée. Ce système leur permet notamment de conserver un revenu lorsqu’ils préparent un album. Lui performe sur des salles de 300 ou 400 personnes. Il fait le calcule à la louche : « Prends une date où j’ai 1800 euros de cachet ». Il part avec son DJ et son backeur. À trois, il décompte 800 euros de billets de train et d’hôtel. 20 pourcents vont au bookeur – un taux qui varie selon les négociations. Il lui reste 800 euros sur lesquels il est imposable. Restent 480 euros, à se partager à trois : 120 euros pour ses acolytes, 260 pour lui.

Pour arrondir ses fins de concerts, il peut compter sur le merchandising : T-shirts, sweatshirts, casquettes et CD se vendent comme des petits pains. Encore faut-il quelqu’un pour s’occuper du stand.

·        Les festivals

Les Ardentes sont un festival entier dédié au rap. Le spectacle d’un artiste confirmé peut rapporter entre 5.000 et 25.000€. De cette somme, le rappeur doit payer la masse salariale, le tour bus, les frais de route et d’hébergement. En fin de compte, il lui reste un petit pourcentage.

·        Les placements de produits

On retrouve, par exemple, une publicité pour les boutiques Easy Cash dans « Ma Jolie » de Jul ou une cigarette électronique dans « Zombie » de Gims

Il existe différentes manières de collaborer avec une marque : placements de produits, posts sponsorisés sur les réseaux sociaux, showcases privés… Même la haute couture s’intéresse au rap. Lomepal a fait un show pendant le défilé Jacquemus homme. Lorsque l’artiste s’engage davantage avec la marque et en devient une égérie, on parle d’« endorsement ». Il peut alors porter les produits, participer à des séances photos et à des campagnes d’affichages, ou même créer des vêtements avec la marque.

Certains artistes reçoivent des cadeaux de la part des marques et les portent, ou en font la promotion sur leurs réseaux. Les placements de produits dans les clips ne rapportent pas forcément de gains, ils financent plutôt la vidéo.

L’argent, un sujet qui dérange

Les maisons de disque ou les artistes parlent peu d’argent. Difficile donc de dire la somme exact de production d’un album.

« Je pense que toutes les entreprises du monde devraient envoyer leur bilan de fin d’année. Montrer ce que t’as gagné, ce que t’as sorti, c’est quoi les impôts que tu paies, comment tu réinvestis ton argent et comme personne ne le fait (…) on a un problème avec l’argent » déclare Vlad pour l’interview à Rapunchline.

Sinik confirme qu’il a bien gagné au cours de sa vie. « J’ai gagné beaucoup dans ma vie même si j’en ai pas beaucoup parlé. J’ai investi, j’ai acheté des appartements, j’ai acheté une maison, j’ai ouvert mon salon (de tatouage) » confie-t-il. « Il faut quand même se bouger le c*l, créer des choses (…) Après, on n’est pas à plaindre (…) »

« C’est la maison de disque qui dit si tu es rentable ou pas. (…) Même pour quelqu’un qui n’y connait rien à la musique, tu te rends bien compte que quand tu as un titre comme « Habitué » et qui cartonne, tu te doutes bien ouais… Si à ce moment-là, t’es pas rentable, quand l’es-tu alors ? Et pour ça, il n’y a pas besoin de rentrer dans des détails de comptabilité » affirme Dosseh avec beaucoup de modestie.

Artistes indépendants : autoproduction d’un album

Autoproduction d’un album : le matériel nécessaire

Dans une interview accordée à Clique TV, Jul raconte avoir commencé à composer au collège. À cette époque, il se rend en cours d’informatique pour monter ses sons à partir de l’ordinateur de la classe, d’un micro qu’il avait préalablement acheté et de la recherche de boucles qui réalisent la base de ses morceaux. Le rap était une pure passion et elle l’est encore aujourd’hui. Pendant quelque temps, il travaille avec son père dans la maçonnerie en vue de gagner assez d’argent pour continuer à faire ce qu’il aime. Son premier salaire est destiné à l’achat de son matériel de Home studio : une carte son, un ordinateur, un micro et des baffles ainsi que le logiciel Pro Tools. Il commence tout doucement à composer ses propres intrus et à rapper dessus.

Jul aurait dépensé dans les 1100€ environ pour la création de son Home studio. En effet, si nous nous attardons sur ce matériel essentiel et que nous choisissons les prix moyens, il aurait acheté :

–        Sa carte son pour 100€,

–        Son ordinateur pour 500€,

–        Son micro pour 200€,

–        Ses baffles pour 300€,

–        Le logiciel Pro Tools étant téléchargeable gratuitement.

Ainsi, vous devez faire face à des sacrifices et investir votre argent. Afin de mener à bien votre projet, je vous recommande ce site : Le matériel minimal pour commencer à enregistrer sa musique

Autoproduction : de l’idée à la réalisation

En début de carrière, vous vous contentez d’enregistrer des morceaux grâce à votre propre équipement et vous en êtes contents. Très rapidement, vous avez l’envie de réaliser un album ou un EP qui permettra de faire décoller votre carrière et par conséquent de générer des revenus. Vous décidez de sauter le pas mais par n’importe comment ! Si vous croyez véritablement au potentiel de votre projet, demandez de l’aide à des organismes financiers.

·        La SACEM

sacem

Elle offre une aide à l’autoproduction.

Plusieurs critères sont à remplir :

–        Être auteur et/ou compositeur de la majorité des titres enregistrés,

–        Minimum 5 titres sur l’EP/album,

–        Prévoir minimum 250 exemplaires à la vente,

–        Avoir payé la SDRM (société pour l’administration du droit de reproduction mécanique).

Vous vous en doutez, beaucoup font appel à la SACEM pour les aider. Ce qui fait souvent la différence entre un dossier et un autre n’est pas votre talent, votre son ou votre musique mais plutôt la présentation. Elle doit être de qualité professionnelle même si vous êtes un jeune projet.

L’aide est la même pour tout le monde : 4.500€

Pour plus d’informations

·        L’Adami

L’Adami peut financer la promotion de votre album.

Une seule condition est à remplir : vous devez avoir enregistré un premier EP/album mais qui n’est pas encore commercialisé.

Cette aide peut financer 80% de votre budget « promotion » (attaché de presse, achat d’espaces publicitaires, fabrication d’exemplaires promo, etc.) si celle-ci est acceptée.

Pour plus d’informations

·        La SPPF

La SPPF est une société de gestion collective des producteurs phonographiques. Cette dernière reverse aux producteurs les revenus qui découlent de la diffusion de leurs enregistrements à la télé, radio, dans les lieux publics…

Elle propose un aide à l’enregistrement d’un album. Elle couvrira une partie de vos dépenses seulement.

Pour bénéficier de cette aide, plusieurs critères sont à remplir :

–        Structure juridique,

–        Avoir enregistré un premier EP/album mais qui n’est pas encore commercialisé,

–        Contrat de distribution physique,

–        Ne pas avoir fabriqué ou diffusé votre enregistrement.

Pour plus d’informations

·        La SCPP

La SCPP est une société de gestion collective des producteurs phonographiques comme la SPPF. La différence étant que la SPPF est dédiée à 100% aux labels indépendants tandis que parmi la SCPP vous retrouverez aussi des majors (Universal, Sony, Warner).

La SCPP propose un programme d’aide à l’enregistrement.

Pour plus d’informations

·        La FCM

La FCM apporte une aide au disque « Variétés » et une aide au disque « Musiques ».

Le programme « Musiques » soutient les projets de musique classique, contemporain, jazz de création, musiques traditionnelles et du monde tandis que le programme « Variétés » soutient les « non musiques », c’est-à-dire tout le reste.

Plusieurs critères sont à remplir :

–        Pour l’aide au disque de « Variétés », vous devez avoir une structure commerciale, alors que pour l’aide « Musiques », cela peut être une association,

–        Un contrat de distribution physique ou numérique,

–        Ne pas avoir commercialisé l’enregistrement lors du dépôt du dossier,

–        Tous les musiciens et techniciens sont rémunérés,

–        L’aide du FCM est incompatible avec l’aide de l’autoproduction de la SACEM. C’est soit l’un soit l’autre.

Pour plus d’informations

Les différentes étapes dans la réalisation d’un album

·        La location d’un studio 

Vous pouvez disposer d’un studio en fonction de vos besoins. La location d’un studio destinée uniquement à l’enregistrement va vous coûter entre 60 et 80€ l’heure. Certains studios offrent des tarifs spéciaux pour la journée. Vous n’en trouverez pas en dessous de 250€ la journée.

·        Le coût d’un ingénieur du son

Le tarif d’un ingénieur son varie entre 30 et 50€ de l’heure.

·        Le mixage et le mastering

Le mixage d’un seul morceau demande entre 30€ et 80€. Vous devrez débourser entre 25€ et 90€ par titre afin de bénéficier d’un mastering de qualité professionnel.

·        La pochette de l’album

Pour réaliser la couverture de votre futur album, il vous est conseillé de faire appel aux services d’un graphiste designer. Son tarif journalier peut monter de 200€ à 1 000€ en fonction du projet. Il est très important que celle-ci soit bien travaillée. Elle représente tout de même le visage de votre album.

·        La distribution physique et numérique

Pour commercialiser leurs productions, vous, artistes indépendants, devez vous adresser à un distributeur. Celui-ci intervient sur le produit fini et veille à ce qu’il soit distribué dans les structures susceptibles de le vendre au grand public : grandes surfaces, disquaire, etc. Il achète des caisses entières de disques et envoie ses commerciaux convaincre les magasins de mettre en vente quelques exemplaires des albums de son catalogue. Il veillera donc à ce qu’ils soient mis en évidence dans les rayons, à mettre en place des bornes d’écoute… À faire en sorte que l’on achète les CD des artistes qu’il représente. Le distributeur gère également les commandes, les stocks et les retours. Il est en général rémunéré via un pourcentage qu’il perçoit sur les ventes.

Les labels et artistes indépendant ont toujours dû passer par des distributeurs pour rendre leur musique accessible à leur fan. Mais grâce à la distribution en ligne, le pouvoir revient aux indépendants qui cherchent à se développer. Il a été confirmé par Spotify que les artistes qui choisissent de poster leurs titres directement sur Spotify empochent 50% des revenus qu’ils génèrent.

À titre informatif, voici un graphique montrant bien l’augmentation des parts du streaming sur le marché et la diminution de celles du CD.

Promotion de l’album

Si votre demande d’aide pour la promotion de votre album a été refusée par Adami, ne vous inquiétez pas. Il existe des solutions gratuites.

Les réseaux sociaux

Lors d’une interview accordée à Konbini pour la promotion de son album, Vald s’est expliqué sur le leak de son projet qui a suscité énormément de questions tout en révélant l’histoire de cette affaire qui avait fait le buzz. « On les bai*se : bien sûr que c’est un faux leak. J’ai tout manigancé avec mes copains » a-t-il répondu mort de rire avant d’ajouter « On a fait croire à une sombre ex hystérique qui balance l’album. C’est moi qui ai écrit le message ‘Valentin, réponds-moi je vais tout lâcher !’ J’ai répondu ‘T’as qu’à leaker sale pute’. C’était lourd. » Un faux leak organisé par lui-même afin de promouvoir son album en 2018.

On note également Jul qui partage des snaps et des stories de ses enregistrements. Il partage également énormément de posts sur Instagram. L’objectif étant de rester proche de ses fans et d’assurer sa promotion.

Les sites de partage

Collectez tous les sites de partage et de distribution musicale qui font la promotion des artistes indépendants et envoyez vos titres à ces différends sites.

J’en ai relevé trois, spécialement pour vous :

·        Dogmazic

·        Boxson

·        Jamendo

Quel est donc le meilleur choix entre la maison de disque et l’autoproduction ?

Pour Sinik, le coût n’est pas important comparé à la popularité de l’album. « On (Karim et Nabil, des amis) a commencé en indé. On a vendu 40 000 CD de notre street album et on savait très bien que si on voulait aller plus loin, si on voulait aller plus haut, à un moment ou à un autre, il fallait aller dans une maison de disque. T’as le budget, t’as des appuis… James Blunt on aurait jamais eu si on était en indé (…) Même s’il y a des contraintes. Ils sont là, ils prennent leur tunes. Tu gagnes moins bien ta vie que quand tu es en indé mais tu peux te permettre plus de trucs. Tu as des campagnes de pub que t’auras pas. Donc c’est un vrai choix. »

« C’est une étape en plus, une suite assez logique. Beaucoup de rappeurs se mettent à produire leurs propres albums, à monter leur label. Au début, on reste sur le côté artistique et au fur et à mesure on découvre la production et ça donne envie, on s’intègre encore plus au projet. Il y a une envie de plus de liberté, mais aussi de devenir son propre patron et de monter son entreprise » déclare Naps.

Un avis assez mitigé.

À retenir !

Il est difficile de connaître le véritable montant dépensé par la maison de disque pour produire l’album d’un rappeur. S’il y a une somme mentionnée ou une fourchette de prix indiquée dans les interviews, celles-ci ne sont jamais précises à 100%.

Pour les artistes indépendants, c’est exactement la même chose. Quel prix est-il prêt à investir dans son Home studio ? Quelle aide financière lui a-t-on accordé ? La production d’un rappeur peut être plus élevée qu’un autre. Tout le monde ne commencer pas avec la même somme dans son portefeuille.

Néanmoins, les rappeurs sous label ou indépendants doivent s’armer de PATIENCE. Signer son contrat dans une maison de disque n’est pas un gage de réussite. Certains ont du attendre une dizaine d’années avant de percer.

Guillaume
Fondateur de Culturap.

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