BORO700 devant la justice : un an de sursis et 10 000 € d’amende requis pour apologie du terrorisme

Le croisement entre liberté artistique et limites pénales fait à nouveau parler de lui dans le rap français. Le rappeur BORO700, dont le vrai nom est Bryan S., a comparu ce mercredi devant le tribunal correctionnel de Paris pour répondre d’accusations graves liées au contenu de plusieurs de ses morceaux.

Des textes jugés apologétiques et menaçants

L’artiste est visé par deux chefs de poursuite distincts :

  • Apologie du terrorisme : dans les titres M*R*H et NDDB #6, il mentionne nommément des auteurs d’attentats, notamment Mohammed Merah — responsable de l’assassinat de sept personnes, dont trois enfants, à Toulouse et Montauban en 2012 — et Salah Abdeslam, seul survivant des commandos du 13 novembre 2015.
  • Menaces de mort : le morceau Contrat, où il décrit la préparation d’un attentat, lui vaut des poursuites supplémentaires.

Une polémique amplifiée dans les lycées

L’affaire a pris une ampleur médiatique considérable en octobre dernier. Des vidéos ont circulé montrant des lycéens reprenant les paroles de M*R*H lors de manifestations. Certaines scènes, filmées jusque dans une église de Vendée, ont conduit à l’ouverture de procédures judiciaires contre plusieurs participants. Cette viralité a mis en lumière l’influence potentielle de ces textes sur un public jeune et impressionnable.

La défense plaide l’immaturité et l’ignorance

Face aux magistrats, BORO700 a rejeté toute intention de glorifier le terrorisme. Il a qualifié les noms cités de simples références, déclarant : « C’est des noms, c’est des noms. » Il a également affirmé ignorer que Mohammed Merah avait tué des enfants. Quant au titre Contrat, il assure avoir voulu évoquer métaphoriquement l’impact qu’il souhaitait avoir sur la scène rap.

Son avocate, qui avait tenté en vain d’obtenir un report d’audience, a invoqué dans ses conclusions écrites la jeunesse, l’immaturité et les lacunes historiques de son client pour atténuer sa responsabilité.

Des réquisitions sévères du parquet

La procureure a estimé que ces textes dépassaient le cadre de simples références culturelles. Selon elle, le rappeur valorise le caractère « insaisissable, imprenable, voire invincible » des terroristes mentionnés. Le ministère public a en conséquence requis :

  • Un an de prison avec sursis
  • 10 000 euros d’amende
  • Six mois d’interdiction d’accès à sa chaîne YouTube

De son côté, la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme), constituée partie civile, a rappelé l’influence considérable que les paroles de chansons peuvent exercer sur leur auditoire, en particulier les plus jeunes.

Verdict attendu le 14 décembre

Le tribunal a mis sa décision en délibéré. Le jugement sera rendu le 14 décembre prochain, une date qui pourrait marquer un précédent important dans la manière dont la justice française encadre les contenus musicaux face aux enjeux de sécurité publique et de mémoire des victimes du terrorisme.

Photo d’illustration : freestocks.org (Unsplash @freestocks), CC0 1.0

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