Biographie Maître Gims
Sexion d’Assaut, lunettes noires vissées sur le nez et voix reconnaissable entre mille : Maître Gims, devenu simplement Gims depuis 2019, est l’un des artistes français les plus populaires de sa génération. Entre son enfance marquée par la précarité, son ascension au sein d’un groupe culte du rap hexagonal et une carrière solo jalonnée de tubes planétaires, retour complet sur le parcours de cet auteur-compositeur-interprète kino-congolais.
Une enfance difficile entre Kinshasa et Paris
Gandhi Alimasi Djuna naît le 6 mai 1986 à Kinshasa, dans l’ex-Zaïre, aujourd’hui République démocratique du Congo. Son père, Djanana Djuna, est chanteur au sein de la troupe Viva la Musica, dirigée par la légende congolaise Papa Wemba. La musique berce donc le jeune garçon dès ses premières années.
En 1988, à l’âge de deux ans, il arrive en France avec ses parents, alors en situation irrégulière sur le territoire. Cette clandestinité familiale pèse lourdement sur son enfance. En effet, privé de repères stables, il est placé dans plusieurs familles d’accueil avant de connaître la vie en squat jusqu’à sa majorité. Il grandit dans le nord de Paris, entre le quartier des Arts-et-Métiers et le 9e arrondissement, au sein d’une fratrie de six enfants. Parmi eux figure notamment Dadju, son demi-frère, qui deviendra lui aussi une figure majeure du rap et de la variété française. Ce passage douloureux de son existence, il le racontera plus tard dans son autobiographie « Vise le soleil » , publiée chez Fayard.
Passionné très tôt par le hip-hop, il écoute aussi bien Nate Dogg que Marvin Gaye, Michael Jackson ou encore Eminem. Féru de cinéma asiatique et d’arts martiaux, il choisit son surnom de scène, Maître Gims, en référence directe à ces deux univers qui le fascinent. En parallèle de ses premiers pas dans la musique, il poursuit des études de graphisme et de communication à Paris.
Les débuts avec Sexion d’Assaut
En 2002, encore collégien, Gims forme avec les rappeurs JR O Crom et Makan le trio Prototype 3015, qui deviendra ensuite 3e Prototype. Le groupe s’inscrit dans une dynamique plus large, celle de la Sexion d’Assaut, un collectif qui rassemble alors une trentaine de membres évoluant dans l’underground parisien. C’est au fil de scènes ouvertes et de freestyles mensuels, baptisés Les Chroniques du mois, que les jeunes artistes affûtent leur style et se forgent une réputation.
Repéré pour son aisance à l’improvisation, Gims participe à deux reprises au 12 Inch’All Star, célèbre battle underground se déroulant au Batofar, où il termine deuxième et gagne une solide notoriété comme l’un des meilleurs kickeurs de la scène parisienne. À la même période, le groupe fait la rencontre de Dawala, futur fondateur du label Wati B, qui devient leur manager et leur permet de sortir en 2006 leur première mixtape, « La Terre du Milieu », dont Gims dessine lui-même la pochette.
Les années suivantes voient la Sexion d’Assaut gagner en ampleur avec le street album « Le Renouveau » en 2008, puis « L’Écrasement de tête » en 2009, porté notamment par le titre « T’es bête ou quoi ? ». Le vrai tournant intervient en 2010 avec « L’École des points vitaux », sur lequel Gims est crédité comme auteur-compositeur-interprète. L’album, certifié disque de diamant, se hisse au sommet des ventes grâce à des morceaux devenus cultes comme « Désolé » ou « Casquette à l’envers », riches en punchlines qui marqueront durablement les amateurs de rap français.
Deux ans plus tard, « L’Apogée » confirme cette success story avec plus de 700 000 exemplaires écoulés et une tournée qui remplit les Zénith de France, ainsi qu’une première partie du groupe NTM au Parc des Princes.
Le lancement de la carrière solo avec Subliminal
Alors que la Sexion d’Assaut est au sommet, Gims prépare en coulisses son envol en solo. En 2012, il publie une bande dessinée en ligne, « Au cœur du vortex », et lance début 2013 sa propre marque de vêtements, Vortex Vx. Le 20 mai 2013 sort enfin son premier album studio solo, « Subliminal », porté par les labels Wati B et Sony Music.
Le titre « Meurtre par strangulation (M.P.S.) » ouvre le bal, mais c’est « J’me tire » qui installe véritablement Gims comme star solo. Le morceau reste numéro un des classements français pendant quatre semaines consécutives. Suivent « Bella », l’un de ses titres les plus emblématiques, puis « One Shot » et « Changer ».
L’album, réédité en fin d’année sous le nom « Subliminal la face cachée », est certifié disque de platine dès sa première semaine d’exploitation avant de devenir double disque de diamant, pour plus d’un million d’exemplaires vendus. Le 31 mai 2013, Gims monte pour la première fois seul sur la scène mythique de l’Olympia.
Cette même année, le magazine Challenges le classe deuxième artiste français le mieux payé, juste derrière Mylène Farmer et devant Johnny Hallyday. Toujours en 2013, il annonce vouloir mettre la Sexion d’Assaut entre parenthèses afin de se consacrer à sa carrière solo et à sa vie de famille, tout en multipliant les collaborations marquantes, notamment le duo « Game Over » avec Vitaa, qui se classe numéro un des ventes de singles en France.
Mon cœur avait raison et la consécration
Le 28 août 2015 paraît « Mon cœur avait raison », deuxième album studio de l’artiste. Le projet se démarque par sa construction en deux volets : « la Pilule bleue », orientée pop urbaine et RnB, et « la Pilule rouge », plus proche du rap de ses débuts, une manière pour Gims de montrer l’étendue de son registre artistique. L’album est porté par des singles à très fort succès commercial : « Est-ce que tu m’aimes ? », qui se classe même numéro un en Italie, « Laissez passer », « Brisé », « Sapés comme jamais » en duo avec Niska, ou encore « Tu vas me manquer ».
« Sapés comme jamais » vaut à Gims la Victoire de la musique de la chanson originale. En 2016, il part en tournée avec le Warano Tour puis enrichit l’album d’une réédition intitulée « À contrecœur », ou « Pilule violette », comprenant sept titres inédits dont « Ma beauté », « 150 » et « Tout donner », interprété notamment sur le plateau d’On n’est pas couché. On y retrouve aussi « Je te pardonne », duo tourné à Los Angeles avec la chanteuse australienne Sia. Fin 2018, l’album totalise plus de 700 000 ventes en France et 581 000 à l’international, et « Mon cœur avait raison » finira certifié double disque de diamant.
Ceinture noire et le changement de nom en Gims
En mars 2018 sort « Ceinture noire », troisième album studio de l’artiste, cette fois publié via le Groupe TF1 et le label Play Two. Le disque se classe directement numéro un des ventes et multiplie les collaborations prestigieuses : Lil Wayne, Sting, Maluma, J. Balvin, Orelsan ou encore son frère Dadju y apparaissent. Le duo avec Vianney sur « La même », dont le clip est publié plus tôt que prévu après une fuite, devient l’un des plus grands succès de l’année. La chanson est la plus diffusée à la radio française en 2018 et propulse Gims au rang d’artiste le plus joué de l’année à la télévision comme à la radio dans l’Hexagone.
L’album connaît plusieurs rééditions, « Transcendance » puis « Décennie », cette dernière fêtant les dix ans de carrière de l’artiste. Le 28 septembre 2019, il devient le premier rappeur francophone à remplir le Stade de France, avec plus de 72 000 spectateurs pour son Fuego Tour. C’est également autour de cette période, en 2019, qu’il choisit de simplifier son nom de scène : Maître Gims devient Gims, un choix qu’il explique par l’envie de se détacher d’une connotation qu’il jugeait trop solennelle pour son image.
La suite de sa carrière confirme cette montée en puissance. « Le Fléau » en 2020, résolument tourné vers le rap et porté par des featurings avec Vald, Kaaris ou Heuss l’Enfoiré, puis « Les dernières volontés de Mozart » en 2022, incluant les collaborations remarquées avec Carla Bruni sur « Demain » et Soolking sur « Après-vous madame ». Il interprète également « Arhbo » aux côtés d’Ozuna pour la bande originale de la Coupe du monde de football 2022, avant de multiplier les titres à succès comme « Spider » avec Dystinct, numéro un pendant sept semaines consécutives et certifié single de diamant, ou « Sois pas timide », extrait de son EP « Le Nord se souvient » sorti en septembre 2024.
Vie privée : famille, religion et polémiques
Sur le plan personnel, Gims se marie une première fois à 19 ans avec une Française vivant au Maroc, avec qui il aura quatre enfants, puis en 2005 avec Adja-Damba Dante, d’origine malienne, surnommée Demdem. Converti à l’islam en 2004, il traverse ensuite un passage au sein du mouvement des frères Tabligh, qu’il quittera par la suite en le qualifiant de dérive sectaire, épisode qu’il évoque avec émotion dans le documentaire Netflix Gims : On the Record, diffusé en 2020 et consacré aux dix dernières années de sa carrière.
L’artiste a, par ailleurs, vu sa demande de nationalité française refusée à plusieurs reprises, une situation largement commentée dans la presse et par certains responsables politiques. Sa carrière n’est pas non plus exempte de polémiques : accusation de plagiat autour du clip de « La même », propos controversés sur les fêtes de fin d’année jugées incompatibles avec sa foi, ou encore diffusion de thèses pseudo-historiques sur l’Égypte antique, largement critiquées par des chercheurs et spécialistes. Plus récemment, une plainte pour harcèlement a été déposée par le couple à l’encontre du rappeur Booba, avec qui les tensions durent depuis plusieurs années.
Discographie et récompenses
En carrière solo, Gims compte à ce jour cinq albums studio : Subliminal (2013), Mon cœur avait raison (2015), Ceinture noire (2018), Le Fléau (2020) et Les dernières volontés de Mozart (2022), ainsi que deux EP, dont Le Nord se souvient (2024). S’y ajoutent les albums réalisés avec la Sexion d’Assaut, L’École des points vitaux (2010) et L’Apogée (2012), sans oublier plusieurs mixtapes et street albums publiés au tout début de sa carrière.
Cette discographie fournie lui a valu de nombreuses distinctions : Victoires de la musique, NRJ Music Awards, nominations aux MTV Europe Music Awards, ou encore le titre d’artiste international de l’année aux Distinctive International Arab Festivals Awards en 2020. En février 2025, il reçoit la Victoire de l’artiste masculin de l’année, avant de voir son titre Ninao et son album sélectionnés pour la phase préliminaire des Grammy Awards fin 2025.
Un style musical singulier, entre rap et pop urbaine
La musique de Gims se caractérise par un mélange assumé de hip-hop, de sonorités electro et de touches pop et latino, un cocktail qui explique en grande partie l’ampleur de son succès commercial. Dès la sortie de son premier album solo, la presse musicale souligne sa polyvalence : il chante, rappe, compose et produit, naviguant sans complexe entre plusieurs registres au sein d’un même projet. Cette diversité se retrouve d’ailleurs dans la structure même de ses albums, régulièrement scindés en plusieurs volets pour distinguer les morceaux plus urbains des titres résolument grand public.
Ce positionnement lui vaut cependant des critiques récurrentes de la part d’une partie du milieu du rap, qui lui reproche de privilégier des sonorités trop lisses au détriment de l’exigence lyrique. Gims répond régulièrement à ces critiques en revendiquant sa liberté artistique et son envie de toucher le plus grand nombre, sans jamais renoncer totalement à ses racines rap, comme le prouvent ses retours réguliers à un registre plus dur, à l’image de l’album Le Fléau ou du single Overton.
L’actualité récente de Maître Gims
Loin de ralentir le rythme de ses sorties, Gims continue d’enchaîner les projets. En 2024 et 2025, il multiplie les singles et les collaborations internationales : Mamacita avec le rappeur italien Sfera Ebbasta, Sin Ti avec l’Argentine Maria Becerra, ou encore Ninao, titre inspiré d’une mélodie traditionnelle géorgienne qui rencontre un succès inattendu en Géorgie, où il atteint la première place des classements. Il collabore également avec Damso, Werenoi, Alonzo, Jul ou encore SCH, confirmant sa capacité à se réinventer et à toucher des publics très variés, des amateurs de rap pur aux fans de pop urbaine internationale.
L’année 2025 restera comme l’une des plus fastes de sa carrière. Porté par son EP Le Nord se souvient : L’Odyssée et par les hits Ciel, Ninao et Parisienne, qui dominent les classements de streaming en France, Gims écoule plus de 575 000 exemplaires de son projet et devient le premier artiste depuis Ed Sheeran en 2017 à signer à la fois la meilleure vente de l’année en albums et en singles dans l’Hexagone.
Sur le plan financier, plusieurs estimations évoquent près de 40 millions d’euros de revenus générés sur la seule année 2025, confortant son statut de valeur sûre de l’industrie musicale française. Il clôture l’année par une résidence exceptionnelle à Paris La Défense Arena, où cinq concerts affichent complet devant environ 200 000 spectateurs en décembre 2025.
Dès janvier 2026, il amorce un retour affiché vers un rap plus brut avec le single Overton, avant de multiplier les featurings, dont Garantie aux côtés de La Rvfleuze et une apparition remarquée sur le titre Cypher d’Alkpote. Sa tournée se poursuit sur un rythme soutenu, entre festivals français et internationaux au printemps et à l’été 2026 (Printemps de Bourges, Solidays, Garorock, Francofolies de La Rochelle) et une nouvelle série de dates en arena, à Lille, Bruxelles ou encore Orléans, avant un retour annoncé à Paris La Défense Arena en décembre 2026 dans le cadre du Carpe Diem Tour.
Cette actualité commerciale s’accompagne toutefois d’un épisode judiciaire : fin mars 2026, Gims est interpellé à sa descente d’avion à Paris puis placé en garde à vue avant d’être mis en examen pour blanchiment aggravé, dans le cadre d’une enquête visant un réseau international soupçonné de dissimuler des fonds via plusieurs sociétés écrans, une affaire dans laquelle serait notamment évoqué un vaste projet immobilier de luxe porté par l’artiste à Marrakech.
Remis en liberté sous contrôle judiciaire, il demeure à ce stade présumé innocent, comme le rappelle le parquet national anticriminalité organisée en charge du dossier. Sans se retirer de la scène publique, Gims répond à sa manière en dévoilant dans la foulée deux nouveaux titres, Soleil puis Emprise, dont certains couplets sont interprétés par une partie de la presse comme des clins d’œil à peine voilés à cette actualité judiciaire.
